Road to Geneva — lecture conseillée

Concilier prospérité partagée et confiance dans l'IA

Note d’argumentaire pour l’atelier Road to Geneva

ÉvénementGeneva AI Summit 2027
AtelierMercredi 10 février 2027 · 14h00–15h00 CET
LanguesFrançais et anglais
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Cette note propose le cadre de réflexion de l’atelier. Elle part d’un constat simple : la prospérité partagée et la confiance dans l’IA ne sont pas deux objectifs séparés. La confiance conditionne l’adoption d’une IA réellement bénéfique au plus grand nombre, tandis que la prospérité partagée donne à cette confiance sa crédibilité concrète.

Le point de départ

Les deux priorités du Geneva AI Summit — faire de l’IA un facteur de prospérité partagée et renforcer la confiance dans ses usages — se renforcent ou s’affaiblissent ensemble. Une innovation qui ne bénéficie qu’à quelques acteurs ne peut durablement inspirer confiance. À l’inverse, une confiance proclamée sans effets visibles sur la vie des personnes, le travail et l’accès aux opportunités resterait fragile.

L’enjeu de l’atelier est donc de mettre en discussion ces deux axes au même endroit, afin d’examiner les conditions politiques, éthiques et institutionnelles de leur compatibilité.

Une confiance qui repose sur des garanties

Ce que recouvrent une IA « responsable » et une IA « sûre » varie selon les régions du monde. Les approches américaine, chinoise, européenne et suisse s’appuient sur des conceptions différentes de la liberté, de la responsabilité, de l’autorité, de la sécurité et du bien commun.

La position officielle du Parti Communiste Chinois sur l’intelligence artificielle en 2017

L’atelier ne prendra donc pas pour acquis un consensus sur les mots employés. Il cherchera plutôt à préciser ce que pourrait signifier une confiance fondée sur des garanties vérifiables : une responsabilité clairement établie, des moyens de supervision et de recours, une capacité à identifier les risques, et une participation réelle des personnes concernées.

La pluralité des approches comme méthode

Dans l’esprit du multilatéralisme genevois, la diversité des perspectives n’est pas un obstacle à contourner, mais une condition de sérieux. Les différences entre cadres américain, chinois, européen et suisse seront considérées comme des points de départ pour une discussion directe : où se situent les désaccords ? Quelles préoccupations sont communes ? Quelles garanties peuvent être formulées sans effacer les différences de valeurs et de gouvernance ?

L’objectif ne sera pas de réduire ces perspectives au plus petit dénominateur commun. Il s’agira de faire émerger un socle partagé de principes et de garanties suffisamment robuste pour soutenir à la fois une prospérité réellement partagée et une confiance durable dans les usages de l’IA.

Un éclairage philosophique

L’atelier peut s’appuyer sur une tradition philosophique classique, notamment sur les travaux de Descartes, Pascal et Leibniz, non pour leur demander des réponses directes aux technologies contemporaines, mais pour rouvrir quelques questions fondamentales : que signifie connaître et décider ? Quelles sont les limites du calcul et de la raison technique ? Comment articuler liberté, responsabilité et autorité ? Que devons-nous à autrui lorsque nos décisions sont assistées par des systèmes que nous ne maîtrisons pas entièrement ?

Cet éclairage doit rester au service du débat. Il ne s’agit pas d’ajouter une référence savante au programme, mais de donner aux participants des repères pour interroger les conditions d’une confiance qui ne soit ni une adhésion aveugle à la technologie ni un simple effet de communication.

L’éthique de Spinoza et la puissance d’agir

Spinoza offre un point d’appui particulièrement fécond pour penser l’IA. La liberté ne consiste pas à se croire indépendant de toute cause, mais à comprendre les déterminations qui nous traversent afin de gagner en capacité d’agir. Une confiance véritable ne peut donc reposer sur la seule promesse d’une technologie bien intentionnée : elle suppose que les personnes puissent comprendre les systèmes, discuter leurs effets et conserver une prise réelle sur les décisions qui les concernent.

Cette perspective conduit à déplacer la question éthique. Il ne suffit pas de demander aux individus de s’adapter aux outils d’IA ; il faut se demander si ces outils augmentent leur puissance de comprendre, de coopérer et d’agir, ou s’ils produisent au contraire dépendance, impuissance et peur. La prospérité partagée devient alors une question de puissance d’agir collective, et la sûreté une condition de la liberté plutôt qu’une simple exigence technique.

Dans le cadre de l’atelier, la réflexion de Spinoza invite ainsi à examiner les affects produits par l’IA — confiance, crainte, fascination ou ressentiment — et les institutions capables de les orienter vers une coopération plus lucide. Elle complète les approches fondées sur les règles et les garanties par une interrogation sur les conditions concrètes d’une vie commune plus libre.

Une discussion structurée

L’atelier suivra trois temps complémentaires :

  1. 01

    Cadrage

    Rappeler les deux axes du Sommet et expliciter leur point de friction ainsi que leur interdépendance.

  2. 02

    Échange structuré

    Confronter des points de vue volontairement pluriels, organisés autour des approches américaine, chinoise, européenne et suisse.

  3. 03

    Synthèse

    Identifier les repères communs apparus au cours de la discussion et les formuler comme une contribution à la réflexion du Geneva AI Summit.

Résultat attendu

La sortie de l’atelier ne sera pas une déclaration de consensus général. Elle prendra la forme d’un ensemble resserré de repères communs : des principes, des garanties et des questions ouvertes permettant de relier prospérité partagée, sûreté et confiance. Ce résultat pourra nourrir la contribution de l’atelier au Sommet et servir de base à des échanges ultérieurs.

La proposition est ainsi à la fois philosophique et pratique : partir de conceptions différentes de la liberté, de la responsabilité et du bien commun pour dégager les conditions concrètes d’une IA digne de confiance et accessible au plus grand nombre.